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La rose victime de la spéculation immobilière

Nice Matin
18/04/2005

   

La culture de la rose recule face à l'appétit des promoteurs immobiliers toujours en quête de terrains. La résistance s'organise dans les serres-laboratoire d'un "obtenteur" qui créé des plants pour les horticulteurs du monde entier.
    La rose pâlit face au béton  
   
Activité autrefois phare du pays d'Antibes, la culture de la rose recule face aux promoteurs immobiliers en quête de terrains.
 
       
   
Antibes, Biot, Vallauris, les collines étaient autrefois couvertes de serres où l'on cultivait la rose. Antibes était même la capitale de cette activité horticole dont la fleur, son ambassadrice avait même donné son nom à un célèbre concours de chant : la Rose d'Or d'Antibes. Que reste-t-il de cette époque dorée à laquelle plus de 500 producteurs se disputaient un marché tiré par un des plus célèbres producteurs créateurs mondiaux : Meilland ?
Pas grand-chose. << Sur Antibes nous ne sommes guère plus nombreux que les doigts des deux mains >>, indique César Constans, 83 ans, travaillant avec son fils Gilbert au quartier de la Fontonne. << Il y a encore vingt ans, il n'y avait que des carreaux (serres N.D.L.R.), désormais nous sommes entre les immeubles >>.
A Antibes le béton a chassé la rose, même s'il y a quelques poches de résistances.
 
       
   
Jean-Claude Leonetti : le dernier du Cap
 
       
   
Pratiquer l'horticulture au Cap d'Antibes paraît impensable quand on soupçonne le prix du mètre carré de terrain. Et s'il reste aujourd'hui des serres debout, elles sont à l'abandon, portant pour la plupart un panneau, permis de démolir. Comment l'un des lieux de résidence les plus convoités de la Côte pouvait-il maintenir une activité agricole en son sein ? Car c'est en plein coeur du Cap qu'étaient établis les rosiéristes jusqu'à il y a un peu plus d'une vingtaine d'années. << Dix hectares environ, parfois de toutes petites propriétés >>, signale Jean-Claude Leonetti, le dernier à cultiver dans cet Eden, à quelques centaines de mètres du célèbre Hôtel du Cap réservé aux milliardaires.
Accroché avec sa mère aux 3 200 m2 de son exploitation, il est le représentant d'une quatrième génération de rosiéristes, tous plus ou moins parents avec leurs homologues du lieu.
<< Je produis pour la vente directe, mais aussi pour les petits marchés de la région >>, dit-il sans se plaindre. Reconnaissant cependant qu'il faut être enraciné à la terre, exercer son métier par amour pour poursuivre son activité, sans céder aux sirènes des promoteurs.
 
       
   
Des entreprises familiales
 
       
   
Au quartier de la Fontonne les immeubles poussent comme des champignons dans un joyeux fourre-tout architectural qui ne donne guère de prestige à ce quartier. Mais prestige ou pas, la pression foncière est là.
<< Il ne se passe pas un jour sans qu'un promoteur fasse une proposition >>, affirment Gilbert Constans ou Chantal Cantatore. Et la valeur des terres d'une exploitation représente plus que le fruit d'une vie de travail. Alors nombreux sont ceux qui passent la main... d'autant qu'en cas de succession l'acquittement des droits sur un foncier désormais classé constructible rend souvent impossible la poursuite de l'exploitation.
Eux s'accrochent contre vents et marées, car sont en possession de l'outil de travail et parviennent ainsi à nourrir leur famille grâce à la vente directe. Mais attention, pas de dépenses de personnel inutile, c'est le caractère familial de l'entreprise qui permet de se maintenir.
Chantal, dont le père a été le premier à se mettre à la vente directe, s'est créé un réseau de clientèle. Gilbert qui porte haut les couleurs de la Rose d'Antibes, grâce à un site internet et en misant sur un produit d'indiscutable fraîcheur, espère pouvoir créer un second point de vente bientôt, sinon il lui faudra réduire son activité.<< Pourtant, dit-il, il y a cinquante ans on exportait la rose, aujourd'hui on en importe, c'est qu'il y a de la demande >>.
 
       
   
Jacques GUERBOIS
 
       
       
   
Encarts de l'article
 
       
       
    En passant par la Hollande  
   
Comme si la pression foncière et la grêle de 1971 - qui avait détruit les exploitations à 90% - ne suffisaient pas à expliquer l'accélération de la fermeture des exploitations, la conjoncture commerciale y prend part. Car produire, des horticulteurs comme Gilbert Constans, ne demandent que ça, mais ils ne trouvent pas de débouchés suffisants.
La disparition du cadran du marché aux fleurs du MIN de Nice nous a porté un coup fatal. Désormais les transactions florales s'accomplissent quasiment toutes en Hollande, un marché qui accueille la production du monde entier et la redistribue sur tous les marchés internationaux, avec l'estampille de la communauté européenne.
L'avènement des réfrigérateurs, des transports rapides permet cela.
Nous nous battons sur le créneau de la qualité et de la fraîcheur. S'il n'y a pas de comparaison entre une rose juste cueillie et une fleur ayant accompli quinze jours de frigo, c'est aussi le prix qui fait la différence pour le client. Et les grands distributeurs jouent là dessus, ce qui nous barre souvent la route, face à des productions venant de pays où le prix de revient est tellement inférieur qu'en dépit des transports et manutentions le prix de vente reste attractif.

J.G.

 
       
       
   


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